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Photo d'un groupe de jeunes citoyens contestant la politique du gouvernement français
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La défense nationale : les Français refusent de puiser dans leur épargne

Alors que la France envisage un renforcement de son budget de défense face à un contexte international incertain, un obstacle majeur se dresse : l’opposition des Français à l’idée d’utiliser leur épargne pour financer cet effort. Un récent sondage Odoxa pour Capital révèle un rejet massif de cette proposition, même si la volonté de soutenir la défense nationale reste présente. Face à cette réalité, le gouvernement se trouve dans une situation délicate pour trouver un financement viable, sans toucher à la fiscalité ni affaiblir le modèle social.

😱 Un contexte de peur et de forte épargne

La tendance des Français à épargner n’est pas nouvelle, mais elle s'est accentuée avec les incertitudes politiques et économiques récentes. Selon l’Insee, le taux d’épargne des Français a atteint 17,7% de leur revenu disponible au troisième trimestre 2024, un chiffre historiquement élevé. Cette prudence est en partie alimentée par une instabilité politique croissante, mais aussi par une insécurité géopolitique qui englobe la guerre commerciale et les conflits internationaux, notamment en Ukraine et au Proche-Orient. Cette culture de l’épargne représente une réponse directe à un climat mondial volatile, où les Français semblent chercher à se protéger contre l’inconnu. D’après le baromètre d’Odoxa, 75% des Français mettent de l’argent de côté chaque mois, un chiffre record depuis six ans.

👎 L’opposition à l’utilisation de l’épargne pour la défense

Malgré l’acceptation générale d’un investissement accru dans la défense nationale, une majorité des Français refuse de financer cet effort via leurs économies personnelles. Selon Gaël Sliman, président d’Odoxa, 58% des Français ne souhaitent pas que leur épargne soit utilisée pour financer la défense. Parmi ceux qui accepteraient une contribution, une grande partie pose des conditions strictes : seuls 28% sont prêts à investir si le rendement proposé est équivalent ou inférieur à celui du Livret A (2,40% net). Les 34% restants seraient enclins à contribuer uniquement si les rendements étaient supérieurs à ce taux. Cette réticence pose un sérieux défi au gouvernement, qui espère mobiliser l’épargne privée pour combler les besoins croissants de financement de la défense nationale.

👛 Les solutions envisagées par le gouvernement

Face à ce rejet, le gouvernement, par la voix du ministre de l’Économie, Eric Lombard, cherche des alternatives pour canaliser cette épargne sans créer de nouveaux produits financiers dédiés. Plutôt que d’introduire un nouveau placement spécifique pour la défense, il envisage d’utiliser des instruments existants comme le Livret A, l’assurance-vie et le plan d’épargne retraite. Cependant, cela ne fait qu’ajouter de la complexité à une tâche déjà difficile : comment convaincre les Français d’accepter un tel sacrifice, même au nom de la sécurité nationale ? Une réunion est prévue pour le 20 mars entre le ministre, les banquiers, les assureurs et les fonds d’investissement afin de discuter des meilleures solutions pour trouver un terrain d’entente avec les citoyens.

👁 L'œil de l'expert  : des approches à repenser pour impliquer les Français

Le financement de la défense nationale ne pourra pas reposer uniquement sur l’épargne des Français, du moins pas sans une réflexion approfondie sur la manière de rendre cette proposition plus attrayante. Si le gouvernement souhaite maintenir sa promesse de ne pas augmenter les impôts tout en renforçant la défense, il devra probablement repenser la structure des produits financiers existants et offrir des rendements plus compétitifs. Une stratégie claire et transparente sera essentielle pour convaincre une population qui reste réticente à l’idée de compromettre son épargne, même pour une cause nationale aussi cruciale. À terme, un compromis devra être trouvé pour allier sécurité nationale et acceptabilité populaire.

À propos de l'auteur

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français