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Photo de la Banque Centrale Européenne située à Francfort-sur-le-Main
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BCE : après une nouvelle baisse des taux directeurs, la pause s'impose ?

Ce jeudi 7 mars 2025, la Banque centrale européenne (BCE) a pris la décision d’abaisser son principal taux directeur de 2,75% à 2,5%, marquant ainsi un cinquième assouplissement consécutif, et un sixième depuis le mois de juin 2024. Cette nouvelle réduction fait partie de sa politique visant à soutenir la reprise économique de la zone euro, pourtant marquée par une croissance faible et des incertitudes géopolitiques grandissantes. Mais face à un contexte aussi instable, la BCE pourrait-elle envisager une pause dans sa politique de baisses de taux ?

🌐 Des facteurs internes et externes en conflit

La zone euro traverse une période de fragilité économique, et les conditions d'emprunt en Allemagne, en particulier, connaissent un resserrement notable. Les plans d'investissements massifs du gouvernement allemand, soutenus par un endettement accru pour financer des dépenses en matière de défense, risquent de stimuler l'inflation tout en compliquant la situation économique pour l’ensemble de la zone. Ce virage marqué dans les finances publiques de l'Allemagne a d’ores et déjà provoqué une poussée des taux d'emprunt à des niveaux jamais observés depuis la Réunification, un facteur qui devrait inciter la BCE à modérer ses prochaines baisses de taux.

Parallèlement, l’intensification du conflit en Ukraine et les mesures de défense de l’Union européenne, comme l’engagement de 800 milliards d'euros pour la défense, compliquent davantage l’équation économique. La BCE, bien que soucieuse de maintenir une inflation maîtrisée autour de 2,1% pour 2025, devra tenir compte de ces nouvelles pressions économiques et géopolitiques dans ses décisions à venir.

❌ Des taux plus bas, mais jusqu'où ?

Si la BCE a décidé de continuer à baisser ses taux pour stimuler l'économie, le débat sur la durée et l’intensité de cette politique est désormais ouvert. Certains membres de la BCE, comme Isabel Schnabel, suggèrent qu'une pause dans les baisses de taux pourrait être envisagée dès le mois de mars, estimant que les taux actuels ne pénalisent ni ne stimulent véritablement l’économie. Cependant, d’autres experts pensent qu’il est encore trop tôt pour envisager une telle pause, notamment face à la stagnation du PIB de la zone euro au dernier trimestre 2024, en partie dû à des conditions de crédit toujours trop élevées.

Il apparaît clairement que la BCE se trouve à un carrefour : entre la nécessité de soutenir la croissance par des taux bas et les risques d'une inflation alimentée par des dépenses publiques massives. Le resserrement des taux d’emprunt en Allemagne et la hausse des taux longs sur le marché obligataire soulignent les défis d’une époque marquée par des investissements géants et des tensions géopolitiques, rendant l'avenir monétaire de la zone euro encore plus incertain.

👁 L'œil de l'expert

Face à une telle situation, la BCE pourrait opter pour une approche plus mesurée dans les prochains mois. Une pause dans la baisse des taux semble de plus en plus plausible, afin d’évaluer pleinement les effets des mesures économiques récentes, tant au niveau national qu'international. Les économistes suggèrent que la BCE pourrait se concentrer davantage sur l'analyse des conséquences à long terme des choix budgétaires de l'Allemagne et de la montée en puissance des dépenses de défense dans l’UE.

Il devient crucial pour les investisseurs et les acteurs économiques de suivre de près l’évolution de ces décisions, car la BCE pourrait ajuster sa politique en fonction des dynamiques externes et internes. Une vigilance particulière sera nécessaire face aux effets d'une inflation potentiellement plus forte que prévu et à l’incertitude croissante sur les marchés financiers.

À propos de l'auteur

Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français