Taux crédits immobiliers : la baisse en suspens face à l'instabilité internationale
Les conditions économiques mondiales actuelles, exacerbées par un contexte géopolitique tendu, mettent en péril la trajectoire de baisse des taux d'emprunt immobilier. Bien que les taux aient récemment évolué favorablement, un nouvel emballement des rendements obligataires, alimenté par des tensions internationales, pourrait freiner cette dynamique. En effet, la remontée des rendements des emprunts d’État, couplée à l’augmentation des émissions d’obligations pour financer un plan européen de grande envergure, met les banques sous pression, avec des répercussions directes sur les crédits immobiliers. Dans ce contexte, il devient crucial de comprendre les facteurs qui influencent cette évolution des taux.
🏦 Les rendements obligataires au cœur de la hausse des taux
Les rendements de l’OAT 10 ans ont connu une forte augmentation ces derniers jours, atteignant des niveaux inédits depuis 2021. Le taux a dépassé deux fois le pic de 3,60% en une semaine, soit une hausse de 40 points de base, en raison notamment des perspectives de financement des dépenses militaires européennes, estimées à 800 milliards d’euros. Ce nouvel afflux d'émissions d'obligations, accompagné de la perspective d'un financement plus coûteux, a provoqué une pression à la hausse sur les taux obligataires. Selon Christophe Boucher, Directeur des investissements chez ABN AMRO, cette évolution influence directement les conditions de refinancement des banques, en particulier le rendement des OAT, qui sert d’indicateur clé pour l’établissement des taux immobiliers.
🚨 Les tensions sur les marges des banques et leurs conséquences sur les crédits immobiliers
La hausse des rendements obligataires met évidemment sous pression les marges interbancaires. Fabien MONVOISIN, CEO de Finidemepriver.com alerte :
Les banques vont être inévitablement confrontées à des marges de plus en plus réduites, voire inexistantes pour certaines d’entre elles, ce qui va forcément les amener à reconsidérer leurs grilles tarifaires.
Avant ce retournement international, plusieurs établissements bancaires avaient déjà ajusté leurs taux à la hausse fin janvier, et cette nouvelle dynamique pourrait accélérer ce phénomène. Fabien MONVOISIN, président également de l'enseigne Crédit Conseil de France d'ajouter:
Cette tendance inflationniste des taux de rendement à 10 ans et ses conséquences sur les taux de prêts immobiliers, va mettre mécaniquement en péril la baisse amorcée ces derniers mois, voire enclencher des inversement de courbes. Et par voie de conséquence, les porteurs de projets immobiliers en seront d'autant plus pénalisés. Dans certains cas, on aura certainement des abandons de projet…
🌬 Le rôle de la BCE : une bouffée d’air mais pour combien de temps ?
Malgré la pression exercée par la remontée des rendements, la Banque centrale européenne (BCE) continue de jouer un rôle stabilisateur avec sa politique de taux directeurs. Elle a récemment confirmé une sixième baisse consécutive des taux, maintenant ainsi une certaine fluidité dans les conditions de financement. Le taux de dépôt fixé à 2,50% par la BCE permet aux banques de continuer à refinancer leurs activités à un coût plus faible, ce qui tempère les effets de la remontée des rendements obligataires à court terme. Toutefois, selon Christophe Boucher, les anticipations de futures baisses de taux en 2025 se sont réduites, la BCE devant désormais évaluer attentivement les impacts des politiques budgétaires européennes et américaines, ce qui pourrait ralentir sa trajectoire accommodante.
❓ Les perspectives incertaines pour les emprunteurs immobiliers
Dans ce contexte de tension économique et financière, les emprunteurs immobiliers doivent rester prudents. Bien que les banques aient profité de la baisse des rendements obligataires pour proposer des taux attractifs autour de 3% pour les prêts immobiliers, l'incertitude reste élevée. Les nouveaux rendements obligataires plus élevés pourraient se répercuter rapidement sur les taux de crédit, rendant les emprunts plus coûteux pour les particuliers dans les mois à venir. La prudence est donc de mise pour ceux qui cherchent à emprunter dans un environnement marqué par une instabilité économique internationale et une remontée des taux d’emprunt d’État.
👁 L'œil de l'expert
La trajectoire des taux immobiliers reste soumise à une forte instabilité, alimentée par des facteurs externes et une pression continue sur les rendements obligataires. Les banques, déjà confrontées à des marges serrées, pourraient être amenées à réajuster leurs taux en fonction de l’évolution des marchés. Les emprunteurs devront suivre de près cette dynamique, tout en étant prêts à ajuster leurs projets immobiliers si la hausse des taux se confirme. À moyen terme, une meilleure anticipation des tendances de marché et une surveillance accrue des politiques monétaires européennes et américaines seront cruciales pour maîtriser l'impact sur les crédits immobiliers.
À propos de l'auteur
Des années d’expérience et d’expertises financières, Fabien MONVOISIN est PDG du Groupe Win’Up composé de 4 enseignes spécialisées dans le regroupement de crédits, son ambition aujourd’hui est de décrypter l’actualité économique et financière dans l’objectif d’éclairer tous les Français